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BERNARD ET JACQUELINE DEMEILLERS REÇOIVENT L'AERN

02 avril 2023 Ancienne / Ancien
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Une publication Alumni École des Roches et de Normandie : www.aern.org - La Maison des Anciens.

Chefs de maison à la Prairie, professeurs de mathématiques et physique, d’histoire géo et de français, les « Dems » comme les surnommaient affectueusement leurs élèves, évoquent avec émotion et gaité, la période qu’ils ont vécue à l’École des Roches. Rencontre chez lui, sur les hauteurs du Havre, avec ce couple historique, devant un café.

Olivier Michel : Etes-vous tous les deux originaires du Havre ?

Jacqueline Demeillers : Non, pas du tout. Pour ce qui me concerne, je suis née à Flainville, d’un père né en Belgique et d’une mère orpheline, qui passera dix ans en Italie avant de s’installer tout à côté de Veules les roses entre Saint Valéry en Caux et Dieppe.  

Bernard Demeillers : Pour ma part, je suis né à Auberville la Campagne, à une cinquantaine de kilomètres du Havre, non loin des premières boucles de la Seine 

O M : Et où avez-vous fait vos études ?

J D : Je suis allée au lycée à Dieppe. A cette époque, l’établissement était encore sur l’esplanade du bord de mer. Bernard, lui, est allé à Lillebonne une ville toute proche de chez lui.

O M : Et où vous êtes-vous rencontré ?

B D : Nous faisions nos études supérieures à Caen. Jacqueline en Histoire Géographie, et moi en math physique.

J D : Nous nous sommes connus grâce à une petite annonce qui cherchait à recruter des moniteurs pour une colonie de vacances. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés, à l’île de Ré, à deux kilomètres de la plage de Trousse chemise (rires).

O M : Et ce qui devait arriver arriva ?

B D : Nous nous sommes mariés. J’avais 21 ans et Jacqueline 20.

O M : Quand est ce que l’École des Roches entre dans votre vie ?

J D : C’est encore une histoire de petite annonce. Au restaurant universitaire de Caen, nous découvrons ces quelques lignes : « Ecole des Roches recherche un professeur de Math Physique ». Bernard a pensé que cela ne coûtait rien de répondre, et il a été reçu par Louis Garrone deux jours plus tard. Un entretien très positif. L’école cherchait un prof pour des cours particuliers, ce qui fait que mon mari s’est retrouvé sur les routes deux fois par semaine, entre 1964 et 1966. 

B D : L’École m’a finalement proposé un poste fixe et une possibilité de travail pour Jacqueline. A la rentrée 1966, nous nous installons à l’école où nous logeons aux Acacias pendant que je donnais des cours de vacances. Cette année-là, naît notre fils Simon. Et là, nouveau déménagement, nous nous installons au pavillon Médicis à côté du Vallon. 

J D : Mais les choses se corsent. Bernard doit partir pour faire son service militaire, nous sommes en Mai1968 ! C’est à ce moment que Monsieur Louis Viguier prend la direction de l’école succédant au Général Baillif.  Non seulement il lui manque un prof de Maths mais il cherche un remplaçant pour succéder aux Amadieu chefs de maison de la Prairie sur le départ. Et comme nous avons la chance que Bernard soit dispensé de service militaire, nous acceptons. Nous ne resterons qu’un an à la Prairie, car nous étions débordés de travail et n’avions plus de vie de famille. Mais cet entracte demeure un excellent souvenir. Après la Villa Médicis, nous déménagerons une dernière fois pour intégrer la maison des Ormeaux que nous occuperons jusqu’à notre départ en 1978.

O M : Dites-moi chacun, quelle a été votre première impression en arrivant à l'École, aujourd'hui appelée « le campus ».

J D : J’ai été éblouie par le site, les maisons, et par un accueil que je n’imaginais pas aussi chaleureux. Je me suis sentie tout de suite en famille. Tous les élèves étaient bien élevés, aristocrates dans l’âme y compris ceux qui ne l’étaient pas de souche. Aucune arrogance, pas de nouveaux riches. Je voudrais raconter une petite histoire qui m’a beaucoup touchée. A un moment, mon fils a été gravement malade, et je me souviens comme si c’était hier, de Philippe Blanc demandant à ses élèves au Vallon de prier pour lui…

B D : Quand je suis arrivé pour la première fois, j’ai trouvé la situation surréaliste. Quelques centaines d’élèves vivaient sur 69 hectares dans de belles maisons. Et bénéficiaient de travaux pratiques, comme le dessin, le cinéma, la reliure, la menuiserie, la photo etc…Qui plus est, ma chance est d’avoir été formé par Louis Viguier qui m’a pris sous son aile. Il suivait de près mon travail de prof de Maths et me donnait de précieux conseils. Tous les lundi soir, il me recevait à la Colline, autour d’une grenadine et nous débriefions de ma semaine précédente. Je lui dois tout.

J D : Il faut dire qu’il y avait d’excellents éducateurs. Louis Garrone, évidemment, Louis Viguier, Maurice Coupé en Français pour moi, et le père Manet qui a baptisé notre fille Emmanuelle. Philippe Blanc et Raphaël Boussion comme chefs de maison etc….  Nous avons reçu aussi toute une formation aux recherches de l’éducation nouvelle grâce à Monsieur Bertier, sur le thème « Apprendre à apprendre » que l’on redécouvre maintenant. Nous avons mesuré à ce moment, l’importance du moment de l’Appel en maison.

O M : Est-il exact que l’on t’a recommandé de te laisser pousser la barbe pour faire moins jeune ?

B D : C’est moi qui ai décidé de me laisser pousser la barbe pour faire plus âgé. Je fumais la pipe depuis longtemps.

J D : Il faut rappeler que nous avons eu des responsabilités importantes, très très jeunes

O M : Quelles classes avez-vous assuré ?

J D : Moi, j’avais les 4ème en français-histoire-géo, et les secondes, premières, terminales. Bernard, les secondes, premières, terminales, avant d’être nommé directeur des études en 1971 en remplacement de Maurice Coupé. 

O M : Comment qualifieriez-vous vos années à l’école ?

B D : Très heureuses. A la villa des Ormeaux, nous recevions de nombreux élèves qui ne comprenaient pas telle ou telle leçons, tel ou tel exercice. Ils aimaient venir dans notre « no man’s land » parfois seulement pour jouer au ballon avec nos fils ! Nous ne comptions pas les heures car nous faisions partie d’un système éducatif extra-ordinaire. Nous avons joué le jeu à fond avec beaucoup de plaisir.

J D : Bernard oublie de dire qu’il a fait des cours de préparation au baccalauréat dans le jardin des Ormeaux où nous avions placé un tableau noir.  Je rajouterai que nous avons reçu des élèves qui étaient parfois en souffrance et qui avaient besoin de parler. Bernard et moi avons tout de suite pris ce rôle très au sérieux. C’était ça, l’époque où les élèves ne sortaient que pour les grandes vacances, pour Noël et Pâques. Pas de week-end à Paris. Des années plus tard, nous avons même eu un élève qui est venu nous présenter sa fiancée et nous demander si son mariage allait tenir.

O M : Et quand avez-vous quitté l’école ?

B D En 1978. Nous sommes partis sans tambour ni trompette. Au moment d’appuyer sur l’accélérateur, j’ai vu dans mon rétroviseur un employé de l’école courir derrière la voiture avec une bouteille à la main. Il était venu nous faire ses adieux. Nous avions fait le tour de l’école et il fallait changer d’horizon. 

En visite à l’école primaire de nos enfants à Verneuil, le directeur diocésain en avait profité pour nous demander :« vous n’avez pas envie d’autre chose ? ». Il y avait un poste à Saint Joseph au Havre comme directeur d’établissement et nous avons sauté sur l’occasion. Tout s’est fait en 15 jours…Et ce qui m’a plu dans l’idée de changer, c’est que j’allais pouvoir transmettre ce que le système rocheux m’avait appris.

Et je l’ai fait. J’ai appliqué au lycée privé Saint Joseph, l’ouverture sur l’international, en y installant entre autres des cours de langues étrangères, Italien, japonais, arabe, chinois, etc ; en créant une vingtaine de partenariats à l’étranger. En quelques années, nous sommes passés de 900 à 2200 élèves (2500 aujourd’hui) et c’est notre fils Guillaume fils qui a pris la relève.

O M : Avec le recul, quel regard portez-vous sur l’éducation de l’École des Roches ?

JD : C’est un système qui devrait servir à tout le monde. Enseigner dans la souplesse, être véritablement à l’écoute des élèves, leur faire confiance, les encourager, leur donner plus d’autonomie.

O M : Pouvez-vous chacun nous raconter une anecdote qui vous a marqué ?

J D : Un élève venait d’être renvoyé de sa maison mais pas de l’école : son père est alors venu nous voir (car ce jeune homme s’entendait bien avec nous et particulièrement avec Bernard) afin de nous demander si nous pouvions l’accueillir dans notre maison. Nous avions 3 enfants et aucune chambre de libre ? Bernard a donc répondu « nous le ferions bien mais la maison est trop petite »

Le lendemain matin un architecte arrivait pour ajouter à notre maison une chambre avec douche ! ce qui fut fait rapidement : nous avions un enfant de plus! Et cela a continué jusqu’à notre départ.

B D : Une autre anecdote : Quand j’étais chef de maison à la Prairie? les élèves nous ont joué un tour mémorable. J’avais installé l’année précédente un système leur permettant d’être réveillés en musique. Nous nous sommes rendu compte, un jour, qu’ils avaient débranché notre appartement, ce qui leur permettait d’écouter un morceau de musique de leur choix : Gainsbourg et Birkin dans « je t’aime moi non plus » Pas vraiment adapté à un une maison de jeunes gens !

J D : Notre passage à l’Ecole des Roches a été sans aucun doute un des meilleurs moments du début de notre vie. Si je devais recommencer, je le ferai immédiatement, sans la moindre hésitation.

 

Propos recueillis par Olivier MICHEL (Pins 71-74)

Des retrouvailles à la Bouille (76131) avec d'anciens élèves chez un Ancien - restaurateur.




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3 Commentaires

Kamran KHOSROVANI (Vallon 1967-1972)
Il y a 1 an
Peu de personnes le savent, vous avez aussi été mes chefs de maison. Comme je devais repasser mon baccalauréat ; la condition de rester à l'École était de m'éloigner du Vallon et des travaux pratiques.
Finalement, j'ai occupé, avec mon mai Pierre Larock, l'appartement du pasteur qui était libre. Je n'oublierai pas notre trajet dans la méhari vers Dreux pour l'oral d'histoire-Géo.
Vous m'aviez fait un rapide topo sur la Russie et son organisations politique, pays sur lequel j'avais fait l'impasse. Grace à vous et ma très bonne note sur le Japon, je m'en suis sortie avec un 16.
Jacqueline DEMEILLERS (Adulte ER Ancien 1964-1978)
Il y a 1 an
À cette époque, les examinateurs me demandaient si je voulais bien venir passer l'oral!!!!
Olivier MICHEL (Pins 1971-1974)
Il y a 1 an
Merci de m'avoir accueilli aussi chaleureusement dans votre jolie maison du Havre. L'AERN vous, remercie infiniment tous les deux de lui avoir fait parvenir par mon intermédiaire quelques documents "historiques" de l'école.
A très bientôt de l'autre coté de l'eau.

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